26 juillet 2008

Mais où en est le v-banking ?

Les activités à caractère "bancaire" qui s’étaient développées "de manière sauvage" dans Second Life en 2006 et 2007 ont été presque entièrement dévastées le 8 janvier 2008, lorsque Linden Lab a pris la décision d’interdire le paiement d’intérêts sur dépôt par des "entreprises" ne possédant pas de licence bancaire. Les quelques velléités de "reconstruire" ce type d’activité dans d’autres environnements virtuels non réglementés de type OpenSim n’ont, à ce jour, pas réellement été suivies d’effet.

En ce qui concerne les banques établies (les vraies banques, devrait-on dire), certaines, comme le Crédit Agricole, ABN Amro ou BNP Paribas, ont acquis dans Second Life une présence significative et y poursuivent leur "apprentissage". Au cours de l’année 2007, les banques ont surtout utilisé cette présence pour mener des opérations de communication et d’animation en profitant du "battage" médiatique autour des mondes virtuels, et de Second Life en particulier. Elles expérimentent aussi Second Life (ou OpenSim) pour un usage interne, en y organisant des réunions et des formations en environnement virtuel.

Mais pour ce qui est le plus important, c’est-à-dire la relation client, le niveau de présence des banques établies dans Second Life est finalement assez analogue à celui des tout premiers sites vitrines sur le Web développés dans les années 1990. Et encore…

Le v-banking ne serait-il donc que cela ? On peut penser que non. Pour les activités de banque de détail, quatre orientations semblent possibles (non contradictoires au demeurant) :

- les mondes virtuels vus comme un simple "enrichissement" de l’Internet ; dans ce cas, les sites internet "classiques" des banques intègreront progressivement du Web 3D à la mode Vivaty ou Just Leap In pour le conseil et la vente ;
- les mondes virtuels vus comme un canal de distribution supplémentaire dans un dispositif bancaire multicanal ; à côté et en plus du réseau d’agences, du site Internet, des plates-formes téléphoniques et des services de téléphone mobile, il y aura aussi Second Life ou quelque chose d’équivalent ;
- les mondes virtuels vus comme une opportunité de développer un nouveau modèle de distribution bancaire ; on verra alors l’émergence de banques virtuelles qui seront les Boursorama, Monabanq, Axa Banque ou ING Direct de demain ;
- les mondes virtuels vus comme un nouveau marché au sens "géographique" du terme ; des banques arriveront alors dans Second Life et y développeront des services, un peu comme s’il s’agissait de l’installation dans un nouveau pays.

Passés au crible de l’innovation, les deux premiers modèles sont à la portée des banques établies, qui pourront y voir une certaine forme d’amélioration ou d’extension de leur activité… et même si le chemin à parcourir est encore long quand on constate que beaucoup de sites Internet de banques ont aujourd’hui un faible niveau d’interactivité (via click2talk, visio rendez-vous, clips vidéo interactifs, etc.) et des processus de vente en ligne encore balbutiants.

Quant aux modèles 3 et 4, ils se situent d’emblée dans un contexte de rupture sur un marché de niche où les banques traditionnelles ne pourront pas appliquer leur business model actuel. Dans ces conditions, verra-t-on l’émergence de banques "pure players" du virtuel ?

2 commentaires:

Jean-Christophe a dit…

Bonjour Wangxiang,

Quel bon billet ! Je souscris à ton analyse. Et je m'interroge sur le tempo avec lequel nous verrons apparaître ces différentes orientations. Lent, surement très lent.

Voilà bien longtemps que je n'ai pas écrit à propos de banque dans Second Life: ton résumé de la situation va m'inciter à prolonger encore cette pause. Vive les vacances bloggesques !

Wangxiang Tuxing a dit…

@ Jean-Christophe : merci pour ce commentaire avisé. Je suis d'accord avec toi sur le tempo : cela risque d'être lent.

A mon avis : pour une banque établie, l'avantage de premier entrant sera sans doute très faible. Pour une start-up, par contre, l'avantage de premier entrant pourrait être considérable.